Cerf-volant

Ok, il nous arrive trop souvent de débuter nos articles par un commentaire météo. Mais c’est vrai que depuis trois mois, elle nous en fait baver des ronds de chapeau la météo. Allez trouver la bonne activité pour les loulous quand le thermomètre passe au dessus de 30 degrés, quand il pleut à verse ou quand le mistral souffle à décorner tout ce qui passe.

Justement ce dimanche notre ami zéphyr est de sortie. Et pas qu’un peu ! Adieu été indien, adieu baignades tardives et farniente à l’ombre des platanes. Bonjour courants d’air stratosphériques.

Le problème avec notre mistral de fin d’été, c’est qu’il dérègle tout. La température de l’eau devient bretonne, les forêts sont bouclées pour cause de risques d’incendies et, je sais pas vous mais moi ça me le fait, j’ai cette impression d’avoir la « tête pleine », d’être saoulé par autant d’air qu’un millénaire ne suffirait à respirer.

« Jamai counten ! » dirait mon tonton qui maîtrise la langue de Pagnol. Il faut dire qu’il les connaît, lui, les légendes autour du Mistral et en particulier celles qui vantent ses vertus purificatrices. Hé oui ! Du bon air des Alpes, en quantité, c’est quand même mieux que les résidus des cheminées de Fos ou les effluves des échappements automobiles !

Ciel d'un jour de vent à Vieille Chapelle Marseille

Nous avons donc réfléchi. Pas bien longtemps finalement. Pas question de rester à l’intérieur et finir la journée à cran. On sort ! Avec ce vent ? Et on fait quoi ? Du cerf-volant !

Cet été, lorsque nous avons « investi » (20€) dans un de ces petits engins jaune fluo nous ne nous doutions évidemment pas qu’un jour il nous sauverait la mise. Nous avions bien essayé de le faire décoller dans la brise d’août mais le résultat avait été médiocre. Pas de quoi passionner notre mini que ces vols de quelques secondes. Et nous, fort déçus, en étions restés là. Encore un truc qui finirait au fond d’un placard…

Cerf-volant à la campagne Pastré

Que nenni !

Bien décidés à retenter le coup, nous avons jeté notre dévolu sur les pelouses de la Vieille Chapelle, non loin du bowl. Avec un vent prévu à 80km/h en rafales, pas question de s’approcher des plages et se retrouver avec du sable jusqu’aux tréfonds des oreilles. Nous avons choisi un coin tranquille, un peu à l’écart de la foule et des chemins d’accès. Même maîtrisés, ces petits engins que sont les cerfs-volants modernes atteignent des vitesses considérables. Hors de question de prendre le risque de blesser quelqu’un. Et, en effet, quand on est néophyte, les violents « crashs » sur le sol sont autant d’avertissements…

Nous avons donc déroulé une quinzaine de mètres de lignes et, ô miracle, au premier essai notre cerf-volant s’est élevé dans les airs tel un majestueux albatros que souvent pour s’amuser les hommes d’équipage… Avec un vent pareil, me direz vous, on aurait pu faire décoller une enclume. Pas de quoi en faire un livre.

Cerf-volant à Vieille Chapelle

Me souvenant des conseils d’un ami lors de l’essai de son cerf-volant de traction (le genre à vous soulever un homme sur une rafale) j’ai soigneusement calé mon écoufle au zénith avant d’appeler mon loulou resté en arrière. Hé oui, c’est là une des consignes de sécurité à faire respecter : on ne doit jamais se trouver entre le cerf-volant et son « pilote », même avec un cerf-volant au sol. Car si les risques de se blesser lors des chutes de cet engin semblent évidents, il reste que les lignes qui le dirigent, fines cordelettes en tension extrême, peuvent elles aussi infliger de jolies blessures. Avec un tout petit, la configuration débutant idéale est donc un adulte qui fait décoller la voile (et se recule après décollage, sans la lâcher des yeux) et un qui pilote, son mini derrière lui, avant de lui passer les manettes. Car c’est là tout le plaisir…

Évidemment vous pourrez prétexter quelques réglages de prise en main (vous savez, les mêmes qu’à Noël, pour le train électrique…), dessiner quelques arabesque et vous familiariser avec la bête mais votre loulou s’impatiente. Le mieux est alors de caler à nouveau la voile au zénith, là où la traction est minimale (il suffit pour ça de trouver le point d’équilibre, en théorie, la même longueur de ligne à droite et à gauche), de vous mettre à genou et de proposer à votre progéniture de venir se lover contre vous. Au début, vous pilotez à deux en dirigeant l’essentiel de la manœuvre, ses mains dans les vôtres. Puis vous lui laissez les poignées, ne les tenant plus que des index et enfin, après lui avoir expliqué les rudiments des commandes (on tire doucement à droite, ça part à droite et inversement… Facile ! À dire…) on peut lui laisser l’entière autonomie de la chose. Deux bémols cependant dont nous avons fait l’expérience : d’une part toujours rester au contact de votre loulou ; ces cerf-volants, quoique de faible surface, ont une force considérable lorsqu’ils s’approchent de l’horizontale. Ce qui se produit immanquablement. Suffisant pour surprendre et faire tomber un mini de 20kgs. Aie ! D’autre part, être toujours prêt à rattraper un lâcher de manettes : par grand vent, votre engin est tout à fait capable de voler 500m en toute autonomie. C’est ainsi qu’une maman s’est retrouvée à traverser la pelouse en courant pour finalement récupérer celui de son fils sur un toit, au delà de la route.

Posture pour faire du cerf-volant avec enfant

Reste la manœuvre. N’étant pas expert, loin de là, je vous livre deux ou trois réflexions que ce test m’a inspiré. Tout d’abord qu’il faut diriger l’engin de la façon la plus douce qui soit (pour le côté brutal, ne vous inquiétez pas, il s’en charge tout seul) Pas de tractions nerveuses, de mouvement amples… Laissez ça aux pros. Ensuite, qu’il faut systématiquement anticiper. Le principe de départ étant de réaliser des arabesques de droite à gauche, dès lors que le virage est amorcé, il faut tirer du côté inverse pour enclencher le retour… et ainsi de suite. Chose étonnante, ces manœuvres deviennent rapidement « réflexe » même si les chutes, brutales, viennent vous rappeler que ce n’est pas demain la veille que vous participerez au championnat du monde de la catégorie. Car c’est là un autre aspect à prendre en compte : en moins d’une seconde votre aéronef passe du ciel radieux au sol rugueux sans même qu’il soit possible de réagir, d’où l’intérêt du coin tranquille.

Pour le reste, ce n’est que du plaisir, d’autant que la prise en main des cerf-volants modernes ne demande (presque) aucune compétence ou condition physique particulière.

Quel bonheur que de voir la joie de son petit bout lors d’un virage rapide, d’une traction inattendue, d’une accélération, d’un sauvetage in extremis… Ou d’une chute spectaculaire ! Bref, de partager en le touchant du doigt ce rêve universel qu’est le fait de voler.

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